Quel silence… Cela change du bas de la ville ! Ici, point de clameurs ni de tralalas : vous vous trouvez dans l’antre des sciences pures et dures, une zone où ne s’aventurent que les ingénieurs, les physiciens ou les agronomes. Dans cet univers mathématique, seul le bruit des pas rythme les jours qui défilent. Moi qui trônais jadis au centre de la place la plus animée de Leuven, me voilà forcé à la retraite.
Pourtant, en ce jour d’octobre 1972, lorsque les étudiants se sont relayés en courant pour me ramener jusqu’ici, je m’imaginais la gloire éternelle. Mais me voilà loin de tout, au milieu de ces contrefaçons en béton avec lesquelles ils nous ont remplacés pour faire des économies. Heureusement, j’entends tout ce qui se passe et se pense par ici… Les prières qui montent dans l’auditoire voisin les jours d’examens, l’eau du puits de captage qu’on devine à peine sous ce gros monticule non loin de moi, et même le buste de cet appariteur, qui ne cesse de remercier les étudiants de leur bel hommage.
Quant à moi, je pense souvent à ce qu’aurait été Louvain-la-Neuve si ses concepteurs avaient choisi d’aménager un simple campus universitaire sans autre fonction urbaine. Cela fait frissonner mon petit cœur de pierre !
Date de création
1977
Architectes des différents bâtiments entourant la place :
- Auditoires Sainte-Barbe : Pierre Coulon et André Noterman.
- Vinci : Georges Epstein & Roger Thirion (comme le collège Descamps sur la Grand-Place).
- Stevin : Pierre Humblet.
- Réaumur : André Constant.
Fonction
Bureaux, auditoires, locaux de cours et laboratoires des facultés des sciences de l’UCLouvain.
Caractéristiques
- Ensemble architectural diversifié dont l’unité est préservée par l’utilisation de briques traditionnelles.
- Contraste avec l’architecture moderniste de la Croix du Sud qui a prédominé dans la première phase d'aménagement de Louvain-la-Neuve (béton, verre, toits plats), rejetée en bloc par les néo-louvanistes.
- Les pavés blancs de Bierges sont des pavés en béton spécialement conçus pour la construction de Louvain-la-Neuve.
A l’origine
- Au centre de la place, le pavé sacré a été prélevé sur la Place du Vieux Marché de Leuven et transporté à Louvain-la-Neuve par les étudiants francophones le 11 octobre 1972, lors d’une course relais de 30 km. Le pavé a été dérobé à son tour et son successeur a été solidement fixé au sol pour éviter toute récidive.
- Le bâtiment Sainte-Barbe est le premier grand bloc d’auditoires multi-facultaires de Louvain-la-Neuve. À Leuven, chaque professeur disposait de sa propre salle de cours et de son entrée privée, ce qui n’est plus le cas ici.
- Le hall des auditoires Sainte-Barbe a servi de première salle de spectacles et de concerts au temps où il n’y avait pas d’autre infrastructure culturelle.
A voir
- Auditoires Sainte-Barbe :
- 35 auditoires sur 3 étages d’une capacité totale de 1.936 places, principalement utilisés par l’Ecole Polytechnique de Louvain.
- Les urbanistes ont prévu que le chemin passe par l’intérieur du bâtiment. Le sol du vaste hall central prolonge les pavements extérieurs.
- Panneau explicatif sur l’histoire du pavé sacré.
- Buste d’un ancien appariteur devant l’entrée du bâtiment.
La face cachée
Du côté du bâtiment Réaumur, un monticule semblable à un gros banc recouvre un puits de captage d’eau. Dès le début de Louvain-la-Neuve, l’UCLouvain a obtenu l’autorisation de puiser l’eau de la nappe phréatique située sous ses pieds. Quatre puits de captage produisent environ 40.000 m³/an. L’eau est utilisée dans les laboratoires, dans le système de refroidissement du Cyclotron (accélérateur de particules) et pour alimenter des fontaines à eau dans les auditoires des facultés des Sciences (moyennant traitement préalable). L’eau de pluie récoltée dans le lac percole et réalimente la nappe phréatique, ce qui compense les captages.
Le petit plus
Le buste à proximité de l’entrée du bâtiment Sainte-Barbe a été élevé à la mémoire d’un appariteur parti à la pension, à l’initiative des étudiants de la faculté de Polytechnique en 1979. Les étudiants voulaient ainsi signifier qu’ils en avaient assez d’entendre parler sans cesse des grands hommes de Louvain-la-Neuve (Woitrin, Lemaire…) et qu’il fallait aussi saluer les « petites mains ». Raymond Lemaire rétorqua qu’il pouvait rester là mais qu’il faudrait le rentrer l’hiver pour qu’il ne prenne pas froid.